Travaillons ensemble pour le respect de la parole donnée, surtout de la part de nos dirigeants: La Casamance a beaucoup souffert

La Casamance a beaucoup souffert depuis l’avènement du conflit le 26 décembre 1982. En effet, depuis cette date plusieurs accords de dépôt d’armes ou de cessez-le-feu ont été signés entre l’État du Sénégal et le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC). A cet effet, nous pouvons citer les accords de cessez-le-feu de Toubacouta et de Cachéu en 1991. Souvent violés par une partie. De l’avis de beaucoup de Casamançais interrogés sur le sujet, la responsabilité de « l’État du Sénégal  » est pointée du doigt. L’exemple le plus cité, C’est le cas de la première rupture du cessez-le-feu de 1991 qui prônait la libre circulation des combattants sans armes dans toute l’étendue du Sénégal. À cet effet, un combattant du MFDC non armé a été tué au pont Émile Badiane de Ziguinchor par les forces de défense et de sécurité du Sénégal. Ce qui provoqua la rupture de l’accord de cesser le feu et la reprise des combats.

Le président Abdoulaye Wade, du temps où il était dans l’opposition politique promettait de résoudre le conflit en 100 jours. Arrivé au pouvoir en 2000 lors de la première alternance Démocratique au Sénégal, il opta pour une stratégie des messieurs Casamance avec les mallettes d’argent pensant pouvoir acheter le maquis. Avec cette stratégie, il est parvenu à diviser pour mieux régner en créant des fractions au sein du MFDC. Cette corruption et cet achat de conscience ont eu comme résultat entre autres d’opposer les maquisards jusqu’à la confrontation fratricide de 2001. D’ailleurs, avec l’appui d’une partie des combattants, de la Guinée Bissau et de l’armée sénégalaise, la fraction de Salif Sadio considérée comme la plus radicale a été attaquée. Ces attaques avaient suscité beaucoup de conséquences en pertes humaines et et causés le déplacement de milliers de casamançais.

En plus, le président Macky SALL candidat pour les élections présidentielle de 2012 au Sénégal, promet aux casamançais de s’ouvrir au dialogue avec le MFDC si jamais il devenait président. Il arriva à la présidence de la République à la suite de sa victoire au second tour des élections. C’est peut-être dans cette idée qu’il aurait effectué son premier voyage international en tant que Président en Gambie pour rencontrer le président Yaya Jammeh. Par ironie du sort, le chef Salif SADIO jugé, le plus radical à l’époque, déclare un cessez le feu unilatéral et confirme être ouvert au dialogue sous la facilitation de la communauté Saint Egidio. Il s’y ajoute que Salif Sadio accède à la demande du Sénégal de libérer les militaires détenus par le MFDC. Après plusieurs années de silence des armes, l’État du Sénégal sous la direction du Président Macky SALL décide d’abord de rompre le cessez-le-feu en janvier 2021 en s’attaquant au maquis du Sud. L’on apprend plus tard que Macky Sall et son homologue Bissau-guinéen (Emballo) ont signé un accord de partage pour l’exploitation du pétrole dans la zone frontalière revendiqué par le MFDC.

Plus tard en janvier 2022, les militaires sénégalais en mission de la CEDEAO en Gambie sous prétexte d’une poursuite d’un camion de bois en territoire Gambien entre dans un cantonnement du chef Salif SADIO. Cette incursion a provoquée des affrontements entre les combattants du MFDC et les soldats sénégalais qui ont occasionnés la perte en vie humaine de 4 militaires sénégalais et 7 capturés.

Si bien que les négociations de la CEDEAO, de Sant’ Egidio et la Croix rouge internationale ont facilité la remise des corps d’abord puis la libération des 7 prisonniers plus tard.

En mars 2022, l’État du Sénégal décide de déclencher une opération de ratissage dans la zone malgré ses engagements auprès de la CEDEAO afin de veiller à la poursuite d’un dialogue sincère pour le retour définitif de la paix en Casamance. Il est important de savoir que la communauté Sant’Egidio médiateur pour la résolution du conflit a invité l’État du Sénégal et le MFDC à un arrêt des combats pour un retour au calme mais ce dernier n’a pas daigné respecter ses engagements. Depuis, l’action militaire se poursuit dans le nord de la Casamance causant un nombre important de déplacés, des villages abandonnés et la fermeture de plusieurs écoles.

Enfin, nous voilà aujourd’hui dans une situation de reprise des affrontements en Casamance entre l’armée du Sénégal et le MFDC avec son lot de malheur. Le président Macky SALL en tournée politique en Casamance plus particulièrement à Goudomp appelle de nouveau le MFDC au dialogue sans avoir respecté ses engagements dans le cadre du processus de paix initié depuis 2012.

En tant que jeune de la Casamance et soucieux du développement économique et sociale de la population, je me sens triste et inquiet parce que mes besoins de cohérence, de sincérité, de sécurité, de paix, de liberté ne sont pas nourris. En ce sens, est-ce qu’il n’est pas temps de donner plus d’importance à la parole donnée mais aussi d’associer la jeunesse Casamançaise aux côtés des facilitateurs pour être garant d’un véritable processus de paix avec au bout un respect des engagements par les deux parties.

Malang CISSÉ, Goudomp le 03 mars 2023.