Présentation de la Zone d’étude :
DONNEES PHYSIQUES : La région de Ziguinchor est située à 12°33’ Latitude Nord et 16°16’ de Longitude Ouest, déclinaison magnétique 13°05. Son altitude est de 19,30 m dans la partie Sud-ouest du Sénégal, et elle occupe une superficie de 7339 km2, soit 3,73% du territoire national. Elle est limitée au Nord par la République de Gambie, au Sud par la République de Guinée Bissau, à l’Est par les régions de Kolda et Sédhiou et à l’Ouest par l’Océan Atlantique.
RELIEF ET TYPES DE SOLS : Le territoire régional présente un relief généralement plat. Le long du fleuve Casamance, le niveau d’altitude est sensiblement celui de la mer. Une petite portion côtière est constituée de basses terres et se trouve à moins d’un mètre par rapport au niveau de la mer, ce qui facilite l’intrusion marine en cet endroit. Les principaux types de sols que l’on rencontre dans le périmètre régional sont : – les sols hydro morphes au niveau des vallées, exploités pour la riziculture et le maraîchage ; – les sols ferrugineux tropicaux et ferralitiques sableux ou argilo-sableux sur les plateaux et terrasses formant les bassins versants, exploités en cultures pluviales (arachide, niébé, riziculture, etc.) et colonisés par des formations ligneuses, le plus souvent des palmeraies.
VEGETATION ET FAUNE : La région subit l’influence du climat sub-guinéen, favorisant ainsi une forte pluviométrie par rapport aux régions centres et nord du pays. Nous notons la formation d’un domaine forestier constitué par des forêts denses sèches et des forêts galeries localisées principalement dans la partie sud. La mangrove et la palmeraie colonisent la zone fluviomaritime, on note également la présence de rôneraies. La région recèle un important potentiel faunique. Les galeries forestières et certaines forêts classées comportent une variété d’espèces animales telle que les guibs harnachés, des céphalophes à flanc roux, des céphalophes à dos jaune et des cercopithèques (singes verts, patas et colobes), des porcs épics et des reptiles. La végétation rupicole si bien représentée constitue l’habitat de premier choix des singes verts. Dans le département d’Oussouye et plus précisément à Santhiaba-Manjaque, le parc national de la basse Casamance constitue une importante zone de repli de la faune.
EVOLUTION URBAINE DE ZIGUINCHOR
Ziguinchor fut érigée en Commune mixte le 18 Janvier 1907, en Commune de plein exercice avec la loi du 18 Décembre 1956 et en Commune à statut en 1970 avant de retrouver le plein exercice en 1996. Selon le décret n°72-459 du 21 Avril 1972 fixant les limites actuelles de la Commune, elle couvre une superficie de 34 000 ha.
La ville est située dans une cuvette bordée au nord par le fleuve Casamance à l’Est et à l’Ouest par des zones marécageuses. La ville est l’un des pôles des plus vivants au Sénégal et elle est la principale ville économique de la partie Sud du Sénégal.
Le site : Ziguinchor s’est développé sur le fleuve Casamance dans le cadre global de l’environnement naturel amphibie des « rivières du sud ».
La ville est née en un point de resserrement extrême de l’estuaire de la Casamance, resserrement dû à l’avancée vers le nord des bas plateaux méridionaux. On y a là, en fait, le dernier site en aval où la terre ferme est plus proche de la berge vaseuse (si l’on exclut la Pointe Saint Georges et Karabane qui sont d’anciens cordons dunaires dont l’exiguïté ne se prête pas à une véritable création urbaine). Autre avantage supplémentaire du site de Ziguinchor, les vasières étaient absentes de la zone basse bordant immédiatement le fleuve.
A l’heure actuelle, malgré une certaine horizontalité générale des terrains, on peut distinguer deux types de paysages sur le site :
« Les terres basses », dépôts marins et fluviomarins du quaternaire récent, qui s’élèvent jusqu’à 4 ou 5 m d’altitude, le contact avec le plateau étant plus marqué par la différence de végétation que par le dénivelé topographique. En effet à l’ouest et à l’est de la vielle Escale, site d’origine de la ville, s’étendait un paysage de « tann » et de mangrove, mais en grande partie aménagée en rizières, ce qui a longtemps empêché toute extension linéaire de Ziguinchor le long du fleuve.
« Les plateaux », constitués essentiellement du plateau de Peyrissac et celui de Néma qui retombent sur les cuvettes plus loin à Djibélor d’une part et à Tilène et Kandialang d’autre part. Sur ces plateaux, le faciès des dépôts du continental terminal n’est pas gréseux mais sablo-argileux et marneux, avec une faible dose ferralitique qui donne cette couleur rouge caractéristique de la terre et des maisons en banco dans les quartiers de plateaux. Dans cette zone, en plus de la subsistance de quelques fromagers originels, on observe un couvert arboré planté surtout de manguiers.
La structure des quartiers
Ziguinchor se présente comme une juxtaposition de plans successifs articulés tant bien que mal avec comme ligne directrice le souci d’éviter les terrains inondables.
Sur photographie aérienne, la forme de l’organisme urbain Ziguinchor rappelle une abeille aux ailes à demi repliées :
-La tête constituée par le damier de l’Escale avec ses annexes, ville coloniale épousant la direction du fleuve au seul point où celui-ci jouxte la terre ferme
-Le corps rassemble les « quartiers africains » successivement lotis, d’abord Santhiaba dont le quadrillage est disposé obliquement par rapport à l’Escale, ensuite Boucotte sur un plateau avec un damier aux axes méridiens, raccordé à Santhiaba par la large gouttière du canal de Correntas qui sépare les deux quartiers, puis il y a Boucotte Sud, extension de Boucotte vers le plateau de Néma, avec les grandes emprises du lycée, de l’aéroport et de l’hôpital.
-Les deux ailes, soulignés par les deux routes nationales (route d’Oussouye et route du sud à l’est) ; cette zone correspond à la croissance urbaine spontanée dans les deux directions du sud-ouest et du sud-est et dont le lotissement ne se fera que tardivement dans les années 1970-1980. Ces deux ensembles englobent les quartiers de Colobane, Peyrissac et en partie Lyndiane d’une part, et Tilène,Léona, Kandé etc… d’autre, constituant ce que l’on peut appeler « la banlieue » de Ziguinchor.
Mise en place des quartiers
Le poste de Ziguinchor a été créé en 1645 par Gonçalo Gamboa Ayala, capitaine du fort de Cacheu. Le site appartenait aux « Iziguicho », sous-groupe baïnouk qui peuplait le village de Djibélor.
Vers 1880, Ziguinchor n’est encore qu’un gros village d’une centaine de cases carrées de paille sur moins de 3ha. Les incendies sont fréquents. Les habitants s’appellent eux-mêmes « gourmettes » (les baptisés) et pratiquent un catholicisme teinté de paganisme. Ils habitent dans deux quartiers rivaux : celui des hommes libres à l’ouest, se nomme « Vila Fria » ; et celui des captifs à l’est « Tabanka ». Tout le village était cerné par une palissade en bois ; le port est une simple plage où l’on tire les pirogues et où flotte le pavillon portugais. Le chef de poste est un mulâtre et les principales familles portent des noms portugais.
Au moment de la prise de possession par les français entre 1886 et 1888, la ville compte 600 hbts. Les français ont eu beaucoup de difficulté avec les notables créoles pour créer un état civil et un cadastre. En outre, très vite faute de place, les bâtiments commerciaux débordent le village à l’est où entrepôts et boutiques sont alors de simples constructions en banco donnant vers le fleuve sur des wharfs en tronc de rônier. C’est ainsi que se forme petit à petit ce qui va devenir le quartier Escale avec deux axes principaux : un axe qui longe le fleuve, c’est la future Rue du Commerce ; et un axe perpendiculaire au fleuve, c’est la future Rue Javelier.
Le 1er plan connu de Ziguinchor date de 1902 et il est établi par le Lieutenant Lambin, Commandant du Cercle de Casamance. L’agglomération couvre une dizaine d’ha, avec le vieux quartier créole à l’ouest et l’embryon du quartier Escale à l’est où de nouvelles rues sont tracées, amorçant un plan en damier et une église en construction près de l’école des Pères du Saint Esprit. La future Rue Javelier se prolonge vers le sud au milieu de rizières jusqu’au cimetière (le premier) et au-delà il y a quelques cases au milieu des cultures qui préfigurent le quartier de Boucotte. Au sud-est le poste militaire se trouve sur la piste de Djifanghor, tandis qu’une autre route mène à Djibélor. Il faut noter qu’à l’époque pratiquement toutes les communications se faisaient par voie fluviale.
Au terme de l’arrêté du 18 Janvier 1907 du Gouverneur Général de l’AOF, Ziguinchor est érigée en « Commune mixte », avec un Administrateur-Maire civil, assisté d’une commission municipale comprenant 2 membres européens et 3 représentants de la communauté indigène. Le 1er Juin 1907, Ziguinchor supplante Karabane comme chef-lieu du Cercle de Basse Casamance. C’est le 22Septembre 1909 que toute la Casamance est érigée en un seul cercle divisé en 6 résidences dont celle de Ziguinchor et l’Administrateur Supérieur Mac Claud quitte Sédhiou pour s’installer à Ziguinchor à cette date, marquant ainsi le transfert officiel du chef-lieu, mouvement déjà amorcé par les maisons de commerce depuis 1902
Un premier lotissement avait été présenté en 1907, mais le plan définitif est mis au point en 1909 ; il est appliqué sur le terrain en 1910-1911 sur les 36ha du quartier Escale avec deux voies nouvelles au sud et à l’est formant le « Boulevard d’Isolement »
Une nouvelle réglementation est mise en vigueur obligeant les habitants de l’Escale à construire leurs maisons en dur avec les toits de tôle ou de tuiles. La plupart des autochtones, ne pouvant pas supporter de telles constructions, quittent alors le quartier.
Les uns s’installent à l’ouest actuel Boudody, où un premier déguerpissement avait déjà installé sur les rizières les « portugais » de l’escale. Les autres s’installent au sud-est du « Boulevard d’Isolement », dans un secteur qui avait été partiellement loti en 1902-1903 par le Commandant de Cercle Lambin (« Lambinville ») et ce nouveau quartier prend le nom de « Santhiaba » (nouvelle installation).
Les déguerpis de l’Escale ne sont pas expropriés, mais beaucoup de terrains sont achetés par les commerçants et l’Administration coloniale. La plus ancienne construction de la ville de nos jours est l’ancienne Mairie (actuel Conseil Régional). Par la suite l’Administrateur Mac Claud fera construire, à l’ouest de ce bâtiment, la Résidence Supérieure (actuelle Gouvernance), le Trésor et la Poste. Les premiers caniveaux sont creusés pour évacuer les eaux pluviales.
Il se posait à l’Escale un problème d’eau potable, car la nappe phréatique n’atteint pas le secteur riverain. Le puits le plus proche était «la fontaine de Sindian » situé près du marigot de Boucotte. La plupart des maisons de commerce construisaient des citernes métalliques pour recueillir l’eau de pluie. C’est durant cette période avant la 1ére guerre mondiale que le cimetière chrétien de la route de Boucotte est transféré au sud-est en pleine rizière.
En 1914, Ziguinchor compte 750 hbts dont une cinquantaine d’européens. Avec le trafic du port qui ne cesse d’augmenter et d’attirer de nouvelles populations, les faubourgs de Santhiaba et de Boucotte gonflent et l’agglomération passe de 1 500 hts en 1916 à 2 500 hts en 1921. Le territoire de la Commune mixte est élargi en 1922 et fait à cette date plus de 600 ha.
En 1925, Ziguinchor passe au statut de Commune mixte de second degré, c’est-à-dire avec des membres de la commission municipale élus et non plus nommés. Les 1ers libanais comment à s’établir dans la ville. La voierie urbaine est améliorée et on plante en alignement sur ces voies des cocotiers et des caïlcédrats. Quelques automobiles roulent depuis 1920.
Toujours en 1925 le 1er bac automoteur fonctionne pour relier Ziguinchor à la rive nord du fleuve où commence à tracer, au milieu des vasières, « la chaussée de Tobor » devant conduire à Bignona. L’usine électrique fonctionne en 1927. En 1931 l’huilerie traite une partie de la production d’arachide qui était jusque-là exportée en coque vers l’Europe.
En 1930 la ville compte 8 000 hbts répartis essentiellement entre les deux villages de Santhiaba et Boucotte. Deux lotissements successifs complètent à Santhiaba celui de 1902 : le plan est un dossier régulier d’orientation NW-SE et NE-SW avec des lots de 30m/30. Quant à Boucotte qui profite le plus de l’afflux des ruraux, son lotissement se fait en 1926 avec des axes NS et EW ; En 1932 déjà le quartier déborde à l’ouest pour former le futur quartier de Peyrissac.
A l’est un petit village baïnouk, Goumel existait depuis longtemps au bord du fleuve. Des européens s’y sont fait établir des titres fonciers pendant la 1ère guerre mondiale et les habitants doivent déguerpir pour aller créer la palmeraie proche du nouveau cimetière, le village de Dièfaye. Durant la même période, au-delà de la dépression qui ceinture Santhiaba au sud, des mancagnes émigrés de la Guinée portugaise construisent à l’orée du plateau quelques cases qui seront à l’origine du quartier de Tilène.
La période de véritable expansion de Ziguinchor se situe après la 2é guerre mondiale. En 1945 Ziguinchor compte 10 000hts. La ville est dotée d’un véritable aéroport en 1953. Un ouvrage de quai est construit en 1955 pour permettre l’accostage facile des navires de mer, en lieu et place des wharfs. La route transgambienne est tracée.
En 1956 Ziguinchor accède au statut de commune de plein exercice qui abroge le système du double collège électoral.
Le recensement de 1951 donne 15 600 hbts autochtones et 530 « européens et assimilés ». La 1ére mission de photographie aérienne date de 1954 et fait apparaître à l’ouest la croissance de Boucotte qui donne les quartiers de Peyrissac et Nièfoulène. La ville atteint la route d’Oussouye et la dépasse avec l’embryon du futur quartier de Colobane.
Vers le sud au-delà de Boucotte, un habitat clairsemé s’étire vers l’aéroport jusqu’à la bourgade de Néma. Le petit village de Kansaoudy blotti sous sa palmeraie s’étend plus à l’ouest. A l’est à partir de Santhiaba, l’urbanisation touche Petit Kandé, séparé du village par une palmeraie jardinée qui donnera plus tard le quartier de Léona. Toujours à partir de Santhiaba, le quartier de Tilène pousse avec des digitations vers l’ouest au cœur des rizières humides dans un secteur qui donnera les quartiers de Belfort et de Kadior
Il faut constater que jusque-là, malgré la croissance démographique et l’apparition de nouveaux quartiers, l’habitat n’est jamais jointif. Du reste, le dessin d’ensemble de la ville, y compris dans l’escale, laisse apparaître de très importants espaces libres.
La mission aérienne de 1960 confirme la croissance en éventail de l’agglomération de Ziguinchor avec ses 30 000 hbts. La ville continue de grandir au plan spatial. A l’ouest les quartiers de Colobane, Soukoupapaye, Grand Dakar et Lyndiane sont constitués ou se constituent. Néma fait la jonction avec Boucotte. Tilène s’élargit au sud-est et la jonction est faite entre Santhiaba et Kandé.
Le quartier de Lyndiane, déjà embryonnaire, sera confirmé et personnalisé avec les missions aériennes de 1966 puis celle de 1969. Cette période voit également naître entre 1960 et 1966 le quartier d’Alwar et son extension vers le village rural de Kandialang.
Officiellement en 1951, on relève cinq (05) quartiers : Escale, Boudody, Goumel-Karantaba, Santhiaba et Boucotte.
En 1960 il y a huit (08) quartiers officiels : Escale, santhiaba (qui inclut ses extensions), Boucotte nord-ouest, Boucotte nord-est, Boucotte sud, Peyrissac, Grand Dakar et Tilène. En 1967 la ville est découpée en douze (12) quartiers.
En 1973 on repasse à une délimitation en cinq (05) quartiers : Boudody incluant l’escale ; Santhiaba avec toutes ses extensions y compris Tilène ; Boucotte-Est ; Boucotte-Ouest (Peyrissac) et Boucotte-Sud (qui inclut Grand Dakar). Ce n’est qu’un tout petit peu plus tard, que les limites communales intègrent le quartier extra communal de Colobane et le village de Kandé, ancien chef-lieu de Canton. Il faut noter que la société des HLM a construit deux cités : une à Néma dans les années 1960, et une autre à Boudody en 1970-72.
Le pont Emile Badiane pour traverser le fleuve vers la rive nord à la place du bac a été inauguré en Janvier-Février 1979. Durant les années 1970 à 1980 différentes opérations de lotissements ont eu lieu dans les quartiers spontanés notamment à Grand Dakar, Peyrissac, une partie de Lyndiane, Tilène, Belfort etc. Ces opérations ont créé une vive tension dans la ville. De nouvelles règles et critères d’attribution de lots ont été définies et les nouveaux lotissements (Château d’eau, Tilène et autres quartiers) ont connu moins de tension dans les années 1980-1990. Une nouvelle cité de logements modernes réalisés par un privé est construite dans les années 1980 entre Kansaoudy et Néma.
Dans les années 1980 un nouveau découpage officiel fait passer la ville à dix (10) quartiers, puis en 1987 le dernier découpage met en place seize (16) quartiers : Boudody-Escale, Santhiaba (incluant Tilène et Belfort), Dièfaye, Kandé, Djibock, Kandé sibenck, Colobane, Boucotte Ouest, Boucotte Est, Boucotte Centre, Djiringho, Lyndiane, Néma, Kénia et Kandialang
Au niveau de Goumel, l’Etat a cédé son titre foncier à la Commune qui l’a rétrocédé à un privé en relation avec la banque de l’Habitat pour la réalisation de parcelles viabilisées vendues.
Aujourd’hui l’extension de la ville se fait en direction de Kénia, Diabir, et le secteur de Kandialang et Kantène.