
Au XXIe siècle, la protection de l’environnement est devenue un enjeu majeur, en même temps que s’imposait l’idée de sa dégradation à la fois globale et locale, à cause des activités humaines polluantes. La préservation de l’environnement est un des trois piliers du développement durable. C’est aussi le 7e des huit Objectifs du Millénaire pour le Développement, considéré par l’ONU comme « crucial pour la réussite des autres objectifs énoncé dans la Déclaration du Sommet du Millénaire ». Le processus de décentralisation au Sénégal a fini de montrer que l’espace n’est pas un support statique ni neutre du point de vue des aménagements. Les sociétés humaines, en modifiant perpétuellement leur environnement, créent des conditions favorisant la disparition, le maintien ou l’émergence de certaines problématiques liées à leur bien-être (Salem, Jannée, 1989 ; Cadot et al., 1998). Dans les villes des pays en développement, les effets de l’urbanisation plus ou moins bien maîtrisée (quartiers spontanés, dégradation de l’habitat, rareté des services surtout d’assainissement, etc.) créent de nouvelles situations sanitaires (Dorier-Apprill, 2000 ; Obrist, 2006). Avec ce phénomène à l’origine de fortes concentrations humaines sur de petits espaces favorisant la propagation de multiples pathologies, les questions de santé deviennent une préoccupation centrale à la fois des décideurs et des populations (Salem, 1999). Dès lors, l’aménagement du territoire s’intéresse à l’espace urbain à cause de l’absence de certaines infrastructures d’assainissement facilitant ainsi la prolifération d’agents pathogènes due à un certain nombre de facteurs d’insalubrité.
L’urbanisation rapide et sauvage des pays d’Afrique a causé la détérioration de l’environnement et a mis en danger la vie de nombreux citadins. L’une de ses conséquences les plus inquiétantes dans le monde en développement, et particulièrement en Afrique, réside d’ailleurs dans les problèmes de gestion des déchets solides, liquides et toxiques. Des incidents qui ont eu lieu récemment dans les grands centres urbains d’Afrique montrent que le problème de la gestion des déchets a atteint des proportions telles que les mesures prises par les différents niveaux d’administration et les spécialistes se sont révélées infructueuses. Il suffit de traverser n’importe quelle ville africaine pour constater les manifestations de ce problème : amoncellements de déchets, détritus le long des routes, ruisseaux bloqués, sites d’enfouissement menaçant la santé dans les secteurs résidentiels, et élimination inadéquate des déchets toxiques.
À l’indépendance, le Sénégal a hérité d’une armature urbaine modeste certes, mais suffisante pour susciter d’intenses courants migratoires alimentés notamment par les zones rurales. Les villes étaient d’autant moins à même d’offrir aux immigrants des conditions d’accueil satisfaisantes que l’aide de l’ancienne métropole visait davantage à soutenir les activités productives que les programmes sociaux. Aussi les infrastructures et les équipements mis en place sous la colonisation commençaient-ils à se détériorer sous la pression de la demande. C’est dans le domaine de l’habitat que les altérations du cadre de vie urbain étaient le plus perceptibles, du fait de l’inexistence quasi complète de plans indiquant les conditions de la croissance future. De surcroît, la lenteur mise dans l’exécution des lotissements à usage résidentiel devait donner libre cours à la création de quartiers spontanés dépourvus des services les plus élémentaires surtout en matière d’assainissement collectif.
Les collectivités locales auraient pu compléter l’action de l’État. Mais les modestes ressources dont disposaient les communes étaient dilapidées dans des opérations sans lendemain au lieu d’être employées pour des investissements d’intérêt collectif avéré. À ce legs difficile à assumer, il convient d’ajouter les déséquilibres de l’armature urbaine et leurs incidences sur les conditions de la polarisation de l’espace national pour apprécier l’importance et l’urgence des défis lancés aux nouvelles autorités nationales. À la faveur de la période de transition vers l’Indépendance, l’ordre urbain a été profondément mis à mal par les pratiques individuelles inconsidérées. La restauration du respect des règles d’intérêt général ne pouvait être imposée que par une volonté extérieure à la population, en d’autres termes par la puissance publique.
L’Office National d’Assainissement du Sénégal (ONAS) créé en 1996 pour prendre en charge la réalisation des ouvrages d’assainissement a piloté un projet de 100.000 branchements sociaux aux réseaux d’égouts dans les zones périurbaines pour l’atteinte en 2015 des Objectifs du Millénaire pour le Développement. La composante assainissement urbain est d’un coût global de 32 millions de dollars US et comprend l’augmentation du nombre de branchement de 19 centres urbains secondaires.
Le taux d’accès à l’assainissement en milieu urbain est passé de 62,0% en 2005 à 62,4% en 2012 et les objectifs étaient de permettre à 1,73 millions de personnes supplémentaires d’accéder à un service d’assainissement pour atteindre un taux d’accès à l’assainissement de 78 % en 2015.
Les fosses septiques avec puisard restent le type d’assainissement individuel le plus utilisé au Sénégal. L’assainissement dit « non conventionnel », génère à Dakar, malgré l’existence du plus important réseau d’égout, entre 178 070 m3 et 182 445 m3 de boues de vidange par an.
L’assainissement collectif des eaux usées au Sénégal ne concerne actuellement que les centres urbains de Rufisque, Louga, Saint-Louis, Kaolack, Thiès, la station touristique de Saly à Mbour et Dakar (les deux derniers centres urbains cités sont dotés d’installations complètes,). Entre 2005-2006 ; 29 336 branchements individuels et 14286 autres à l’égout ont été réalisés.
Au Sénégal, près de 16% des ménages utilisent le réseau d’égout. Il s’agit principalement de ménages urbains (28,7%). S’agissant du type d’aisance, 48% des ménages utilisent des toilettes équipées d’une chasse dont 32,4% sont raccordées à une fosse ; 38,1% utilisent des latrines dont près de la moitié est constituée de latrines non couvertes. La défécation dans la nature concerne 11,2% des ménages.
Le type d’aisance utilisé diffère sensiblement selon le milieu de résidence. Les toilettes munies d’une chasse (44,2% avec fosse et près de 27% raccordée à l’égout) constituent le principal type d’aisance en milieu urbain.
Trois principaux modes d’évacuation des ordures ménagères sont observés : le dépôt sauvage (42,2%), le camion de ramassage (29,1%) et la calèche ou charrette (16,1%). Le dépôt autorisé (5,1%), l’enfouissement (1,6%) et l’incinération (3,5%) sont très peu usités par les ménages. Cette situation témoigne, de la quasi inexistence d’infrastructures dédiées au traitement des ordures domestiques. Un écart substantiel s’observe selon le milieu de résidence. En effet, les citadins font le plus souvent appel aux camions de ramassage (52,5%) et aux calèches ou charrettes (20,9%). Environ 18% des ménages urbains utilisent les dépôts sauvages, (ANSD. RGPHAE 2013).
Le drainage des eaux pluviales n’est pas assuré dans beaucoup de zones dans un contexte de retour des pluies entraînant la récurrence des inondations dans les régions de Dakar, Kaolack, Saint-Louis, Ziguinchor et Matam.
Depuis 2000, l’Etat avec l’appui des partenaires au développement a entrepris plusieurs activités de construction et d’extension des réseaux de drainage des eaux usées et pluviales dans les centres urbains, la réalisation d’ouvrages collectifs d’évacuation des excréta, le renforcement de la communication et de la sensibilisation et l’accompagnement des Associations de quartier et des Organisations Communautaires de Base et des populations et l’expérimentation du système d’assainissement à faible coût. Le secteur de l’assainissement est aussi confronté aux difficultés de drainage des eaux pluviales. Ces insuffisances sont accentuées par le retour d’une pluviométrie abondante qui entraîne la récurrence des inondations dans toutes les régions du pays surtout à Ziguinchor.
En 2012, nous avons assisté à la validation de la phase prioritaire du plan d’assainissement de la ville de Ziguinchor et février 2017 nous avons enregistré le lancement des travaux du projet d’assainissement des eaux usées de la ville de Ziguinchor avec pour objet: l’amélioration de façon significative des conditions de vie et de santé des populations dans les zones d’intervention du projet. D’un montant de quatre milliards trois cent soixante millions (4 360 000 000) F cfa, financé à 50% par la Banque Africaine de Développement et le reste par l’Etat du Sénégal pour une consistance des travaux de:
✓ 22 km de réseau d’évacuation des eaux usées
✓ 1863 branchements à l’égout
✓ 1 station d’épuration d’une capacité de 3900 m3/j
✓ 1 station de pompage
Aujourd’hui, nous notons un grand retard sur l’exécution des travaux et jusqu’à présent, les populations continuent de souffrir d’un manque criard d’un véritable réseau d’assainissement.
Conscient de la nécessité d’intervenir dans ce secteur, trop souvent négligé dans les politiques nationales et locales ou dans les politiques d’aide internationale, nous nous sommes intéressés à ce sujet qui traite de la question de l’assainissement de façon globale intitulé: (Problématique de la Gestion durable des déchets (solides, liquides et toxique ; réseau de collecte, évacuation et traitement des ordures ménagères, eaux pluviales, excréta) et Assainissement Urbain dans la commune de Ziguinchor). Ce travail reviendra en grande partie sur les engagements politiques avancés dans le domaine de l’assainissement de la commune de Ziguinchor et l’attente des populations qui peinent à vivre dans un cadre bien assainie où le bien-être est assuré.
L’objectif principal de ce travail est d’arriver à une formulation d’un projet de « Gestion durable des déchets et de l’assainissement urbain » à travers un schéma cohérent de prospective. La démarche de la prospective de développement territorial implique la mise en œuvre de projets de territoire. Les territoires sont confrontés à des mutations, des recompositions qui impliquent une démarche prospective pour construire l’avenir. Il s’agit d’un instrument pour aider à la compréhension des changements et à la définition de projet de territoire représentatif d’un futur désiré.
Notre attente est que les enseignements qui seront tirés et devant nourrir notre sujet quant à la nécessité d’intégrer la question de l’assainissement et de la gestion durable des ordures ménagères soient le plus largement partagés entre tous les intervenants du secteur et les populations et qu’ils constituent un pas de plus vers l’amélioration des conditions de vie des populations de la commune de Ziguinchor.
Notre plan de rédaction s’articulera autour des thèmes spécifiques de recherche que sont :
La première partie: étude socio-économique et urbaine de Ziguinchor, sera composée de quatre chapitres qui traiteront en premier de la présentation de la Zone d’étude à travers l’examen de quelques aspects du milieu physique en lien étroit avec la problématique des déchets. Nous reviendrons de façons beaucoup plus détaillé sur la création et l’évolution de la ville de Ziguinchor; population, dynamique économique locale et en dernier lieu nous ferons l’étude spatiale de la zone d’étude.
La deuxième partie intitulée: population-activités-cadre de vie et bilan des actions sur les déchets ménager comprend trois chapitres qui traitent respectivement du profil de la population étudié et des spécificités de leurs activités mais aussi des caractéristiques du cadre bâti et du niveau de confort des ménages. Il s’agit de démontrer les liens entre ces différents paramètres et la problématique de l’assainissement public. Dans cette partie, figure également, une petite synthèse de la gestion des déchets au Sénégal, particulièrement dans la zone d’étude en passant par le processus de la décentralisation et des compétences héritées par les collectivités locales dans le domaine de l’assainissement urbain.
La troisième partie: Gestion durable de l’assainissement des eaux usées et des excréta, traitera la question de l’évolution des systèmes d’assainissement et faisabilité technico-économique collectif à coût réduit, Bilan comparatif de divers systèmes d’assainissement autonome, Gestion domestique de l’assainissement : pratiques, attitudes, comportements et demande, Valorisation et traitement des déchets liquides, Éducation à l’hygiène et promotion de l’assainissement.
La quatrième partie: Gestion durable des déchets et de l’assainissement urbain avec comme chapitre, La participation des opérateurs privés indépendants à l’amélioration du service public d’assainissement, Vers une meilleure intégration des équipements d’assainissement individuel et collectif, Rationalité des acteurs et régulation du service d’assainissement, Gestion durable des déchets solides urbains, Valorisation des déchets, Optimisation de la pré-collecte et de la collecte, Gestion appropriée des points de rupture de charge et de décharge, Optimisation de la chaîne de transport des déchets, Financement durable de la filière des déchets, La commune face à la gestion des déchets, Conditions d’émergence d’expériences alternatives locales.

