Journée internationale de la paix 2023: les jeunes face aux défis sécuritaires

À l’occasion de la journée internationale de la paix 2023, notre frère, CISSAO Tamba s’est illustré en conférencier pour aborder le thème suivant: Analyse du contexte actuel de la migration irrégulière(clandestine) des jeunes au Sénégal.
avec sa permission, nous nous sommes permis de partager son exposé.

Introduction :

La migration est un fait social qui peut être défini selon le dictionnaire LAROUSSE comme un déplacement volontaire d’individus ou de populations d’un pays à un autre ou d’une région à une autre, pour des raisons économiques, politiques ou culturelles. Il est aussi important de savoir que les réfugiés sont considérés comme des migrants. La particularité de ces derniers réside sur le fait qu’ils ont été contraints de quitter leur pays à la recherche de la sécurité. Les recherches montrent qu’il y a beaucoup d’acteurs nationaux et internationaux qui s’intéressent à la question de la migration parce que le phénomène est devenu inquiétant pour la sécurité de la population. C’est dans ce contexte que nous pouvons nommer certains chercheurs universitaires du Sénégal qui ont travaillé sur la thématique de la migration irrégulière au Sénégal à l’occurrence le Professeur Aly Tandiang, le Docteur Doudou Dieye Gueye, le Docteur Abdoulaye N’Gom, entre autres.

Étant jeune Sénégalais ayant constaté la recrudescence des départs massifs d’embarcations de fortune vers les pays du Nord, je sens la nécessité d’actions concrètes sur le terrain pour redonner de l’espoir à cette jeunesse en jetant les bases de l’assurance d’une vie meilleures chez nous. L’État, garant de la sécurité publique ne doit pas se limiter à prendre des mesures de dissuasion d’ordre juridique. Son rôle est aussi de mettre en place les conditions nécessaires à l’épanouissement et au bien-être des citoyens. D’ailleurs, malgré toutes ces mesures de surveillance et de dissuasion mise en place par l’État, nous continuons toujours à dénombrer des centaines de départs par semaine. Ce qui nous amène à faire une analyse sans complaisance du contexte actuel de la migration irrégulière des jeunes dans le but de pouvoir participer à renseigner les décideurs.

Nous tenterons en premier lieu de cerner les causes, ensuite les conséquences liées à ce fléau qui est en train de décimer la jeunesse africaine oubliée par les penseurs de nos politiques publiques. Enfin, nous allons essayer de proposer des pistes de solutions.

  1. Les causes actuelles de la migration irrégulière de la jeunesse au Sénégal

Comme nous l’avons souligné dès le début de notre communication en définissant la migration comme un fait social, tout part de l’observation d’un mouvement irrégulier et massive d’individus pour la plupart des jeunes de tout genre vers les pays du Nord. Ce mouvement de jeunes qui suscite les débats actuellement au Sénégal peut s’expliquer par plusieurs raisons. D’abord, le désespoir de la jeunesse qui après de longues études et de multiples tentatives de recherche d’emploi, ne trouve aucune possibilité d’un avenir meilleur, et même d’une vie humaine respectable au Sénégal. Si nous prenons compte de quelques entretiens que nous avons fait pour essayer de mieux comprendre les motivations des jeunes qui s’orientent de plus en plus vers la migration. Il ressort de ces entretiens les raisons que nous connaissons tous et que beaucoup d’entre nos dirigeants refusent d’admettre. Il s’agit du manque d’emploi, de la privation des libertés, de l’anéantissement du système d’élévation social par le clientélisme politique, etc. Cependant, le principal défi auquel les jeunes sont confrontés consiste à assurer la transition entre l’enfance et l’âge adulte, en particulier à trouver le meilleur emploi à temps. Depuis des siècles, les jeunes du monde entier quittent leurs foyers à la recherche de meilleures conditions d’existence. Souvent, les migrations sont motivées, entre autres, par le manque d’opportunités d’emploi dans les pays d’origine. Le Sénégal ne fait pas exception à cette tendance.

L’étude de la Banque mondiale sur le « travail des jeunes hommes et femmes pauvres et vulnérables » présentée en 2018, montre que les taux de chômage les plus élevés sont observés chez les jeunes des tranches d’âge de 15 à 19 ans et de 25 à 29 ans, soit respectivement 10,3 %, 19,5 % et 17,5 %. Une situation qui est le résultat, d’après les experts de la Banque Mondiale de la faiblesse du tissu économique et de multiples contraintes. Les jeunes, regrettent-ils, ont des compétences et une productivité limitées.

Certains parmi les personnes interviewées insistent sur le fait que l’instabilité liée au manque d’emploi les empêche de répondre aux besoins de leurs familles qui attendent souvent une contribution de leur part pour la gestion de la famille. De ce fait, si un jeune diplômé n’arrive pas à trouver du travail, il est exposé à la tentation de prendre le risque de braver la mer ou le désert pour rejoindre l’Eldorado afin de pouvoir s’affranchir et apporter du soutien à ses parents.

Par ailleurs, il y a un manque de politiques publiques pour la jeunesse et surtout une politique d’emploi des jeunes. Ce manque de politique d’emploi des jeunes faits que cette partie importante de notre société (65 %) se sent abandonnée et finit par prendre des orientations au péril de sa vie. Actuellement, il est difficile de nommer une politique publique d’emploi dédiée à la jeunesse au Sénégal. Même s’il y a des programmes d’employabilité et d’entrepreneuriat proposés pour accompagner les jeunes. Nous constatons que c’est un casse-tête pour les jeunes d’accéder à ces programmes au point même de voir certains se décourager au moment de postuler parce que la procédure est très longue. Un autre constat révèle la mise en avant du clientélisme politique dans les instances des programmes dédiés aux jeunes.

En plus du clientélisme politique, la discrimination qui en découle et le manque d’information pour de nombreux jeunes, nous pouvons relever le problème de suivi qui mène souvent les jeunes entrepreneurs à l’échec ou bien au détournement d’objectif.

En outre, il est important de savoir parfois que les jeunes bénéficiaires des financements de projets ou de programmes après quelques mois ou quelques années d’activités préfèrent tenter la migration, car la situation économique au Sénégal est intenable. Il s’y ajoute, que le manque de partenariat de l’État dans le domaine de la migration fait que certains choisissent de partir par la voie irrégulière après moult tentatives de partir en migration de façon légale.

D’ailleurs, l’article 13 de la déclaration universelle des droits de l’homme stipule : « Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État … Et toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays ». Cette reconnaissance de la déclaration universelle des droits de l’homme est confrontée à un refus de délivrance de visas presque pour toutes les catégories au niveau des ambassades des pays du Nord. En même temps, un autre phénomène basé sur la théorie de la famille de référence est une autre source d’influence de l’immigration irrégulière de la jeunesse. Parler de cette théorie qui s’explique par la comparaison de la situation d’un jeune de la famille voisine ou du fils d’une coépouse qui vivait dans une situation sociale modeste et qui a réussi à changer le niveau de vie de sa famille ou de sa maman à travers les transferts d’argent et des réalisations. C’est cette influence qui fait que certains parents et surtout les mamans vendent leurs biens à travers pour soutenir un projet de migration de leur enfant, car une immigration réussie est un honneur pour la famille et pour soi-même en termes d’autonomie. D’ailleurs, c’est ce qui fait qu’aujourd’hui que nous rencontrions beaucoup de filles (femmes) dans les embarcations de fortune vers les pays du Nord alors qu’auparavant, au Sénégal, la migration était une activité réservée aux hommes (les modou modou).

Enfin, le poids lié aux croyances mystiques fait qu’avant de partir à la migration, les potentiels migrants consultent souvent les marabouts ou les charlatans pour attirer les grâces et une assurance de la réussite de leur projet par le biais de cérémonies ou libations. Il faut noter que ces acteurs mystiques, qui ont compris l’importance que les jeunes ont dans la migration, essayent souvent de faire en sorte que ces derniers entendent que leur réussite se trouve ailleurs (les pays du Nord) et non pas au Sénégal.

En ce sens, il est nécessaire de savoir que les causes de la migration irrégulière au Sénégal sont multiples (Le chômage, le sous-emploi, les bas salaires et la pauvreté des familles sont les principaux facteurs, auxquels s’ajoute l’offre d’emploi mieux rémunéré à l’étranger.). De ce fait, nous ne pouvons pas les énumérer de façon exhaustive. Néanmoins, la situation socio-politique instable du pays à la veille des élections Présidentielle du 25 février 2024 nous renvoi au piétinement de l’aspiration des jeunes qui voient leurs espoirs s’envoler avec l’arrestation arbitraire de leur leader politique (le Président Ousmane Sonko).

  1. Les conséquences de la migration irrégulière des jeunes au Sénégal

La situation actuelle de la migration irrégulière de la jeunesse du Sénégal nous embarque dans le déchirement de la société. Ce grand déchirement de la société qui se manifeste par le dénombrement régulier de morts (issus de la population défavorisée et délaissée) dans la traversée de l’Atlantique ou du désert dans les pays de transit tel que le Niger, la Libye, le Maroc, l’Algérie, etc. Récemment, nous avons été tous au courant à travers les médias et l’État du Sénégal de l’apparition d’une pirogue au large de la côte capverdienne avec plusieurs cas de morts décomptés. Parmi ces morts, nous pouvons noter une famille de Fass Boye qui a perdu dix-sept membres engloutis dans cette tragédie liée à la migration irrégulière. Cette famille est représentative du Sénégal d’en bas, oublié par le système.

Globalement, il ressort des enquêtes de terrain que les artisans pêcheurs ont des perceptions péjoratives de leur secteur d’activité. Malgré sa contribution déterminante à l’économie du pays, le secteur de la pêche artisanale sénégalaise fait face à d’importants manquements : la pénibilité et le risque associé au travail, l’absence d’un système de protection sociale et d’assurance, un système de crédit bancaire fermé à l’activité et une précarité constante notée. Autant d’éléments apparus dans nos différents entretiens comme principales causes de la migration irrégulière des pêcheurs sénégalais vers les côtes espagnoles. Les conséquences immédiates ont été un appauvrissement progressif des pêcheurs et une dégradation de leurs conditions de vie (Dème et al., 2021). Plusieurs indicateurs ont été soulevés par les interviewés pour démontrer leur vulnérabilité.

Stigmatisation et exclusion familiale

Oumar Diack, le coordinateur de la Fédération des Associations du Fouta pour le Développement, parle volontiers des « personnes déréglées ». « Des émigrés reviennent les mains vides, un peu déréglés, il y en a qui prennent des substances. L’espoir s’est envolé, ils pensaient revenir et soutenir leur famille, mais la situation a été différente et ils reviennent en se sentant mal. Ça pose problème dans les communautés, car souvent, au lieu de les accompagner, on les pointe du doigt. Au niveau des familles, il n’y a que la mère qui les soutient, mais ce n’est pas assez. »

Rokhaya Gaye, assistante sociale, parle beaucoup de cette situation. La migration est un phénomène tellement répandu qu’elle témoigne de ses effets néfastes sans problèmes.

« Si quelqu’un quitte le Sénégal pour rejoindre la France ou les USA et revient les poches vides, il est stigmatisé. On dit qu’il n’avait pas de travail, qu’il avait de mauvaises fréquentations. » Les migrants seraient partis pour profiter de la vie plutôt que pour aider leur famille. « Les gens pensent que la personne passait son temps à faire des rencontres, qu’elle se droguait, surtout si la personne est restée des années sans revenir. On dit alors que la personne est porteuse du VIH. Car il y a eu des cas de transmission du VIH. »

Rokhaya Gueye sait que la réalité est bien différente et que ces personnes sont en détresse, qu’elles ont besoin de prise en charge après avoir vécu une expérience traumatisante et que la stigmatisation ne les aide pas.

« La personne est rejetée par sa famille, elle perd ses amis. On pense que la personne est folle, car elle a l’air perturbé. Les gens qui rentrent sans argent ne sont plus considérés avec respect. Ils sont délaissés par leurs familles, leurs amis, l’entourage. Psychologiquement, ils sont affaiblis, consomment même de la drogue. Et l’État ne se préoccupe pas de ses cas ».

D’ailleurs, il y a des termes dévalorisants que la population attribue aux immigrées qui n’ont pas réussi leur projet de migration en ces termes (yafousse, fintagho, cawman bou pauvre…).

Par ailleurs, vu la complexité de la migration en général et celle, irrégulière en particulier, par le fait qu’elle revêt divers aspects tels qu’économiques, politiques, culturels et sociaux, nous remarquons certes des conséquences économiques, mais aussi des implications sociales et culturelles durables tant sur les pays d’accueil que sur les pays d’origine ou de départ. C’est le cas par exemple d’un parent qui a vendu tous ses biens pour envoyer son enfant en Europe et que ce dernier n’honore pas ses attentes ou bien meurt en cours de route. Non seulement, sa famille va plonger dans la précarité, mais aussi, elle peut faire l’objet d’une exclusion par la communauté.

À cela s’ajoute, le dépeuplement de régions entières avec une perte manifeste de bras valide pour les activités agricoles et autres. Il arrive même que les plus qualifiés et les plus dynamiques s’adonnent à la migration irrégulière. C’est le cas parfois dans le Fouta où nous rencontrons des villages vidés de leur jeunesse parce qu’ils sont partis en migration.

Cependant, n’oublions pas que ceux qui réussissent l’aventure et qui reviennent avec le peu qui leur permet d’incarner l’ascension sociale et économique au sein des familles sont souvent considérés comme des sources de motivation pour les potentiels migrants. Cette source de motivation peut s’expliquer par le fait que les immigrées ont tendance à ne pas partager les vraies réalités de leur vécu en Europe ou bien que les potentiels migrants refusent rarement de croire aux partages faits sur les difficultés rencontrées pendant l’émigration. En plus, les observations visibles sur les réalisations des immigrées font que les potentiels migrants croient difficilement aux propos tenus.

En somme, malgré les conséquences négatives et positive, la migration irrégulière demeure un fait social non-négligeable au Sénégal et mérite beaucoup d’attention et une responsabilité assumée de la part de nos dirigeants politiques afin de répondre aux besoins de cette jeunesse désabusée. Une vie meilleure est possible chez nous et nous avons les moyens d’en faire profiter à tous les citoyens sans distinction aucune.

III. Les pistes de solutions

La recherche et l’actualité nous font comprendre que l’État du Sénégal et ces partenaires tentent de combiner plusieurs solutions alternatives (sécuritaires et de développement). En effet, parmi les alternatives prisent par l’État du Sénégal et ces partenaires, nous pouvons noter l’aide des pays du Nord, le renforcement de la surveillance des côtes, la répression de la migration irrégulière pour dissuader les jeunes de voyager vers l’Europe avec les pirogues. Pourtant, nous continuons de constater des départs des centaines de jeunes Sénégalais. Ce qui nous fait dire que la stratégie d’intimidation n’est pas la solution. Nous avons tenté d’apporter notre contribution à la recherche de solutions à travers les quelques recommandations que nous pensons utiles.

  • Assainir la gouvernance et la gestion des biens publics
  • Mettre en place les conditions de la solidarité de l’insertion sociale et de l’égalité des chances
  • Mettre en place des mécanismes favorisant l’entrepreneuriat local tout en soutenant les porteurs de projets
  • Valoriser le secteur agricole, l’agrobusiness et tous les secteurs de la transformation
  • Mettre en place une politique publique de jeunesse sur la migration à partir des assises nationales inclusives avec une bonne représentation des jeunes où ils vont exposer leurs besoins.
  • Mettre en place une politique migratoire qui répond aux besoins de mobilité, de découverte et rassurant pour les pays d’accueil à travers les emplois saisonniers et de retour à la fin des contrats.
  • Créer des programmes d’activités entrepreneuriales inclusives pour motiver les jeunes à rester et leur donner des garanties de réussite dans leur pays.
  • Valoriser les salaires et augmenter le taux de recrutement des jeunes dans les différents concours de l’État.
  • Redynamiser et ouvrir les politiques d’habitat aux non-salariés ou bien ceux qui sont dans le secteur informel.

Conclusion :

Au terme de cette analyse, nous pouvons dire que la migration irrégulière peut être principalement liée par le désespoir, un besoin de survie économique et de l’incarnation de l’estime de soi à travers une existence autonome. Malgré toutes les conséquences positives et surtout négatives, les jeunes continuent toujours à s’aventurer, à partir en masse dans les méandres du long chemin de la migration irrégulière par les embarcations de fortune vers l’Europe. D’où la nécessité d’organiser des assises inclusives de la jeunesse du Sénégal sans coloration politiques sur la migration afin de pouvoir statuer sur les pistes de solutions, d’être plus dans l’écoute et dans le dialogue pour mieux limiter les dégâts sur les drames liés à ce phénomène. Nous pensons qu’il est temps d’organiser un dialogue sincère et humanitaire pour mieux prendre en considération les propositions qui seront faites par tous les acteurs impliqués dans ces assises et surtout celles des chercheurs qui ont consacré beaucoup de leur temps à ce phénomène qui est en train de décimer la jeunesse.

Cissao Tamba.

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2 Reflexions sur “Journée internationale de la paix 2023: les jeunes face aux défis sécuritaires

  1. Toujours un KeKendo pour le Développement de la Casamance. A chacun sa pierre pour relever le défis d’une paix définitive en Casamance en contribuant positivent sur tout ce qui pourrait améliorer le bien-être du peuple sénégalais.

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