Ousmane Sonko, le Socrate sénégalais face au système.

Dans l’histoire de la philosophie occidentale, le procès de Socrate, qui s’est déroulé à Athènes en 399 avant J.-C., est considéré comme l’un des événements les plus marquants.

Dans l’histoire politique contemporaine du Sénégal, le procès de Monsieur Ousmane Sonko, qui s’est déroulé à Dakar ce 23 mai 2023, a été vécu par les Sénégalais et même par beaucoup d’Africains comme l’événement le plus troublant de l’histoire politique moderne (affaire Adji Sarr).

Socrate, l’une des plus grandes figures de la philosophie grecque, a été confronté à des accusations graves qui ont finalement conduit à sa mort. Ousmane Sonko, chef de l’opposition sénégalaise, est confronté à des poursuites insidieuses qui, depuis plus de trois ans, ne font que renforcer sa posture de leader politique et de vainqueur potentiel des prochaines élections présidentielles de février 2024.

Dans cet article, nous examinerons les accusations portées contre Socrate et Ousmane Sonko au cours de leur procès.

Les accusations portées contre Socrate étaient multiples. La première accusation était celle d’avoir corrompu la jeunesse d’Athènes en les incitant à remettre en question les autorités et la tradition. Socrate croyait en l’importance de l’interrogation et de la remise en question de tout, y compris des enseignements traditionnels. Mais pour les autorités athéniennes, cette approche était considérée comme une menace à l’ordre social.

En réalité, dans les coulisses du palais de la République sénégalaise, l’avènement d’un homme politique qui distribue gratuitement à tous les citoyens sans distinction aucune, une maïeutique qui leur permet de percevoir et de comprendre la gestion des affaires publiques constitue un réel danger à éradiquer.

La deuxième accusation portait sur le fait que Socrate était un athée. Bien qu’il ait affirmé croire en un dieu unique, distinct des dieux olympiens, les autorités l’ont accusé de s’être éloigné des pratiques religieuses traditionnelles et d’avoir encouragé la jeunesse à suivre cette voie.

Quand Ousmane Sonko est arrivé en politique, le système a voulu le mettre en tord avec la pratique de l’Islam au Sénégal (Islam confrérique). Cela est illustré par cette fameuse question qui lui a été posée lors d’un meeting, Place de la Nation « yow bane tarikha ngua bokk ? » « a quelle confrérie appartenez vous? ».

Enfin, la troisième accusation était celle d’avoir introduit de nouvelles divinités et de les adorer en dehors des traditions religieuses de la ville. Cette accusation découlait de l’influence de Socrate sur ses étudiants, qui étaient encouragés à penser librement et à explorer de nouvelles idées comme le font les patriotes du Sénégal moderne.

Lorsqu’une femme a porté des accusations de viol sur Ousmane Sonko en 2021, de nombreuses voix ont dénoncé la répression politique qui sous-tendait cette accusation et qui avait causé la mort de 14 jeunes sénégalais tués lâchement par les forces de défense et de sécurité. Cette situation est étonnamment similaire à celle du philosophe Socrate, où des accusations ont été portées contre lui en raison de son opposition à l’establishment politique et religieux de l’époque.

En son temps, Socrate ne pouvait pas compter sur un quelconque soutien populaire car la première démocratie du monde avait décidé d’en finir avec lui. La condamnation du philosophe était la preuve qu’en dépit des splendeurs de l’Acropole, la démocratie athénienne était en réalité un régime liberticide n’hésitant pas à persécuter ses propres élites intellectuelles.

Dans les deux cas, les autorités ont utilisé des accusations vagues et sans preuves pour étouffer la dissidence et justifier la répression politique. Socrate a été accusé de « corrompre la jeunesse » et d' »introduire de nouveaux dieux » dans la ville, tandis que le chef de l’opposition sénégalais, Ousmane Sonko est accusé de « viol d’une mineure âgé de 21 ans, voire plus » et de « corruption à la jeunesse« . Dans les deux cas, ces accusations peuvent largement être considérées comme étant sans fondement ou exagérées.

Cependant, la véritable nature de ces accusations est politique. Socrate a été condamné à mort pour avoir remis en question les croyances et les pratiques traditionnelles de la société, tandis que Sonko est poursuivi pour ses critiques contre le gouvernement en place et sa volonté manifeste de vouloir changer le système de gouvernance du Sénégal tout en invitant les populations à l’éveil et à la responsabilité. Dans les deux cas, les dirigeants ont utilisé le pouvoir de l’État pour faire taire les voix dissidentes. Aujourd’hui, la démocratie a fait son chemin et dans le jeune pays qu’est le Sénégal, Ousmane Sonko a fini de convaincre les populations que le pouvoir, c’est le peuple (OS).

Ce parallèle entre le procès de Socrate et les accusations contre Ousmane Sonko souligne l’importance de protéger la liberté d’expression et le droit à la dissidence dans une société démocratique. Que ce soit dans l’Athènes de l’Antiquité ou dans le Sénégal moderne, les voix dissidentes doivent être protégées, plutôt que réprimées.

D’où notre invitation à l’endroit des forces de défense et de sécurité à éviter toute forme de bavure, intimidation et arrestation ciblée des populations qui aspirent à exercer leur liberté.
Au cours de son procès, Socrate s’est défendu en utilisant sa célèbre méthode de questionnement. Il a refusé de présenter une défense écrite et a plutôt préféré défendre ses enseignements en répondant aux questions des juges et en les poussant à examiner leurs propres croyances. Malgré sa réponse convaincante, Socrate a été reconnu coupable et condamné à mort par ingestion de la ciguë. L’affaire Socrate a été considérée comme une violation de la liberté d’expression dans l’histoire de la philosophie occidentale et a poussé les générations suivantes à se questionner sur les limites du système judicaire. Aujourd’hui en occident, l’intelligentsia est mise au profit du développement et des innovations.

Tout au long du processus d’acharnement contre Ousmane Sonko, le chef de l’opposition a subi toutes sortes d’agressions (physique[1], verbale et psychologique[2], relationnelle[3], symbolique[4] et même collective[5]…) qui l’ont conduit à observer une désobéissance civique sous la protection de la population sénégalaise. Il ne sera pas présent au procès infecte des fantoches qui d’ailleurs n’ont réussi que deux choses, à savoir : convaincre les sénégalais de l’innocence de Ousmane Sonko et du bien-fondé de son combat.

Sénégalais et Sénégalaises, citoyens de tout âge, debout pour la liberté afin que nos droits triomphent et que notre démocratie soit restaurée.

Monsieur le Juge Issa Ndiaye, le monde entier vous regarde.

[1] Tout acte qui implique la causalité volontaire et intentionnelle d’un dommage direct généré par tout moyen physique et ayant le pouvoir de causer des lésions corporelles à la personne attaquée. Trois fois, Ousmane Sonko a été sorti manu-militari de son véhicule par les forces de défense et de sécurité. Il a été gazé à plusieurs et éconduit de force chez lui.

[2] Il est entendu en tant que tel pour tous ces actes et actions qui, bien qu’ils ne génèrent pas de dommage physique, provoquent ou prétendent provoquer chez la personne qui subit l’agression une sorte de dommage mental ou émotionnel. Cela inclut les insultes, les humiliations et les dévaluations. Le chef de l’opposition a été taxé de jihadiste, de rebelle, de psychopathe, de menteur (…) par des membres du gouvernement.

[3] Forme d’agression indirecte fondée sur l’exclusion sociale ou par le lien de causalité atteinte à votre réputation par calomnie. Des promotionnaires du chef de l’opposition Ousmane Sonko ont posé des actes dans ce sens et ont été ovationnés par des membres du gouvernement.

[4] Type d’agression indirecte caractérisée par le fait que l’agression ne vise pas directement la victime, mais plutôt sur les éléments qui symbolisent des aspects qui lui sont liés comme la religion, la politique, la région d’origine. En ce sens l’État du Sénégal doit impérativement édifier une question qui taraude l’esprit l’âme et le cœur des Casamançais : à savoir s’ils sont des Sénégalais à part entière ou entièrement à part.

[5] Type d’agression caractérisée par l’exécution d’intergroupes, attaquant un groupe à un autre. L’objectif de l’agression peut être variable, dans de nombreux cas, il y a la haine, la stigmatisation et tente d’éliminer l’autre groupe. Dans ce type d’agression, nous pourrions inclure des événements aussi graves que des génocides.

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2 Reflexions sur “Ousmane Sonko, le Socrate sénégalais face au système.

  1. C’est de vivre dans un pays où la liberté d’expression n’est qu’un slogan et non pas une pratique réelle au quotidien.