
Le grand réveil de l’Afrique est une évidence, comme en témoigne la couverture de l’hebdomadaire Le Point du jeudi 20 mars 2014. Dans ce numéro, Le Point consacre tout un dossier spécial au continent noir et annonce le lancement d’un site (www.lepointafrique.fr), « qui dira tout de ce chantier fascinant et de ses acteurs ». Jusqu’à présent, il était question de cette Afrique qui gagne uniquement dans les livres écrits par des experts, les revues spécialisées ou les colloques . Désormais, le grand basculement historique que représente l’arrivée de l’Afrique dans la mondialisation est connu de tous, excepté peut-être de la France et de l’Europe qui ne comprennent pas que les pays africains sont en train de connaître une deuxième indépendance, l’indépendance économique.
L’indépendance économique
La première indépendance que connaît l’Afrique, celle des années 1960, est une indépendance politique, indépendance certes nécessaire, mais insuffisante. À l’époque de la Guerre froide, l’Afrique reste le terrain d’affrontement des deux grandes superpuissances de l’époque, les États-Unis et l’URSS. Les années 1960-2000 sont, pour toute l’Afrique, des années chaotiques. En 1960, la Côte d’Ivoire, libérée du joug colonial, est un pays beaucoup plus riche que la Thaïlande. Cinquante ans plus tard, les positions se sont inversées : en 2012, le PIB de la Thaïlande est de 365 milliards de dollars, celui de la Côte d’Ivoire de 25 milliards de dollars. Pour des raisons multiples, l’Afrique a donc connu, entre 1960 et 2000, une phase de retrait. L’entrée dans le XXIe siècle marque pour la plupart des 54 pays africains le début d’une deuxième vie, fondée sur l’indépendance économique avec des taux de croissance qui, selon les pays, oscillent entre 7 % pour l’Éthiopie ou le Rwanda et 14 % pour la Sierra Leone. Fer de lance de l’économie de l’Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire prévoit une croissance à deux chiffres pour 2014.
Le dynamisme, la créativité et l’optimisme sont aujourd’hui du côté de l’Afrique, devenue une sorte d’immense laboratoire qui possède tous les atouts de l’émergence et où se joue l’avenir de la planète. Bien entendu, la réalité de l’Afrique est complexe et les obstacles, sur le chemin de l’émergence, sont nombreux, mais le continent s’inscrit, de façon accélérée, dans une dynamique pleine de promesses. Pour Jean-Pierre Raffarin, admirateur du « grand réveil » de la Chine, l’Afrique connaît à son tour ce « grand réveil » qui provoque un autre basculement historique : « tout le monde faisait, depuis des siècles, l’erreur de tenir l’Afrique pour une variable d’ajustement à la merci des puissances de toutes les époques. Son essor récent et les perspectives de son devenir, constituent de ce fait une mutation majeure du monde, dont on ne peut prédire l’effet de levier colossal sur l’humanité du siècle prochain. Il est temps de compter avec l’Afrique, et donc de la connaître ». Plus de cinquante ans après avoir été libérée de son asservissement colonial, l’Afrique, si elle s’en donne les moyens, peut se libérer de son asservissement économique. Comme le dit très justement Jean-Pierre Raffarin, « il est temps de compter avec l’Afrique, et donc de la connaître ». Le grand reproche qui peut être fait à nos dirigeants, en particulier un Nicolas Sarkozy étonnamment enfermé dans une image ancienne du continent, est de ne pas avoir pris la mesure de la capacité de développement de l’Afrique, qui, grâce à la Chine, peut désormais se passer des aides de la France, de l’Europe ou de l’Occident. En même temps, il semble que la passion de l’Afrique se soit peu à peu éteinte chez nos dirigeants. Ils n’ont pas vu ce qu’Antoine Glaser, fin connaisseur de l’Afrique, démontre dans son dernier livre : la « Françafrique », un concept qui au début n’était pas péjoratif, est devenue l’« Africafrance ». Pour Antoine Glaser, les relations entre la France et l’Afrique se sont désormais inversées. Avec l’arrivée de nouvelles puissances sur le continent noir, les dirigeants africains sont devenus les maîtres du jeu. Il est temps, pour la France, de mieux connaître cette Afrique devenue une puissance émergente et géostratégique.
Connaître l’Afrique
Il s’agit, pour la France comme pour l’Europe, de mieux connaître l’Afrique, qui n’est plus ce continent infirme des périodes pré- et postcoloniales. L’Afrique est aujourd’hui un continent en marche, de plus en plus présent dans l’économie mondiale et dans le système des relations internationales. Ce grand basculement historique que représente la marche vers l’émergence est irréversible, même si le continent ne représente encore, alors qu’il comprend 12 % de la population mondiale ; que 2 % du Produit intérieur brut (PIB) mondial et 3 % des Investissements directs etrangers (IDE). L’instabilité demeure comme en témoignent les derniers soubresauts des guerres civiles ou religieuses de Centrafrique ou du Sud-Soudan, l’offensive des islamistes du Mali ou du Nigéria et les guerres locales prédatrices. On considère que 20 % de la population africaine est touchée par des guerres avec des zones de chaos dans lesquelles s’affrontent des bandes armées pour le contrôle des circuits de prédation. L’Afrique reste aussi un continent de pauvreté : un Africain sur deux vit sous le seuil de pauvreté extrême. 34 des 54 pays africains figurent parmi les Pays les moins avancés (PMA), 22 ont un Indice de développement humain (IDH) très faible. L’économie de la zone sahélienne reste fragile et très vulnérable. Les entraves à la mise en œuvre des principes de bonne gouvernance sont encore trop nombreux. Connaître l’Afrique, c’est donc ni l’idéaliser, ni y voir un continent incapable de relever les défis qui l’attendent.
Connaître l’Afrique, c’est aussi comprendre que les pays africains n’ont pas encore achevé la trajectoire qui doit leur permettre de se constituer en États-nations capables de surmonter la menace des anciennes guerres ethniques ou tribales. L’avenir de l’Afrique dépend largement de l’institutionnalisation de l’État, constamment menacé par les crises. Pour Philippe Hugon, « le futur de l’État conditionne le futur de l’économie » . Il faudrait préciser : la construction et le futur d’un État impartial conditionne la construction et le futur de l’économie et du développement. La Côte d’Ivoire, après la crise électorale de 2010-2011, se réinvente à travers l’État, qui montre qu’il est capable de créer les conditions du développement du pays, en conduisant une politique de réconciliation entre les individus, en générant une société politiquement mûre et en assurant un partage équitable des richesses. Aujourd’hui, les Ivoiriens évoquent très peu la crise électorale, leurs préoccupations concernent l’emploi et le pouvoir d’achat. Là où l’État est faible, comme au Mali, en Centrafrique, au Sud-Soudan, au Nigéria, les menaces demeurent, en particulier à travers les tensions entre chrétiens et musulmans. Le Kenya reste sous la menace des 42 tribus qui s’affrontent, en particulier les Kikuyu du président « réélu » et les Luo du challenger « battu », avec l’instrumentalisation des passions ethniques, le défi est surtout politique. Le président sortant « réélu » mais contesté, Mwai Kibaki, souhaite-t-il répondre à la protestation sociale ou choisira-t-il de s’enfermer dans une dérive autoritaire et une captation des richesses ? Aujourd’hui, la lecture tribale du conflit entre les Kikuyu et les Luo au Kenya ne suffit plus. Pour Kofi Annan, prix Nobel de la paix en 2001, directeur général de l’ONU pendant dix ans, « la clé, c’est la transparence. Ceux qui ne sont pas au pouvoir ne doivent pas avoir le sentiment d’être volés par ceux qui l’exercent. Il faut faire comprendre à ceux qui gagnent une élection que cela ne leur donne pas tous les droits et qu’après une victoire électorale, on doit partager les ressources avec les plus faibles » .
En même temps, l’évolution de l’Afrique est une réalité quand on voit des pays comme l’Angola, l’Éthiopie, le Mozambique, le Rwanda, la Sierra Leone, qui ont choisi de se reconstruire en créant des emplois grâce à une forte croissance : 7 % en Éthiopie et au Rwanda, 14 % en Sierra Leone. Alors que la croissance française n’a pas dépassé, en 2013, les 0,3 %, le PIB du continent noir était de 4,8 %, il est annoncé à 5,3 % en 2014. Mais, « l’Afrique est un continent de 54 nations, il y a donc 54 situations particulières. Certains pays bénéficient d’une croissance économique spectaculaire », tient à rappeler Kofi Annan. On peut supposer que tous les pays africains ne s’inscriront pas sur la même trajectoire de développement, mais le cercle vertueux du développement doit profiter à tous : aucun pays ne pourra vivre en paix, s’il existe, à ses frontières ou à l’intérieur même du pays, des poches de misère extrême, comme en témoigne la situation au nord du Mali ou au Nigéria avec les zones les plus pauvres qui voient prospérer l’organisation criminelle Boko Haram. En Afrique, les conflits sont de plus en plus attisés par l’enjeu que représente l’appropriation des ressources. La conscience ethnique reste certes l’une des composantes de l’affrontement politique, mais l’ethnicité n’explique pas tout. Un pays comme le Botswana, qui a réussi à s’émanciper en douceur du protectorat britannique tout en favorisant l’expression des libertés démocratiques, gère de façon rigoureuse, la rente diamantaire, montrant qu’il est possible d’éviter la malédiction des matières premières (pillage des richesses et économie de la rente) et conduire une politique du partage vertueux des richesses. Deuxième producteur mondial de diamants, le Botswana veut devenir la première place diamantaire du monde, selon l’ancien ministre du Commerce, Neo Moroka, devant Anvers, Londres ou Tel-Aviv, ce qui est possible dans un pays où la corruption est très faible. On voit se dessiner une Afrique nouvelle qui ne veut plus se contenter du simple statut d’exportateur de matières premières.
Vaincre la malédiction des matières premières
Les matières premières participent, de façon prépondérante, au « grand réveil » de l’Afrique et à son développement économique, en particulier dans les sept pays qui auront, en 2014 et 2015, un taux de croissance supérieur à 7 % : Libéria, 7 % ; Mozambique, 7,2 % ; Zambie, 7,4 % ; Ghana et RDC, 8,9 % ; Côte d’Ivoire, 9 % ; Sierra Leone 9,5 %. Ces chiffres sont donnés par les Nations unies dans « Situation et perspective de l’économie mondiale ». Or, si l’Asie a su créer une véritable industrie locale de transformation des matières premières, l’Afrique est, dans ce domaine, très en retard. Il est donc urgent que se développe sur le continent noir une industrie locale de transformation. Au deuxième New York Forum Africa, qui s’est tenu à Libreville, capitale du Gabon, le 14 juin 2013, le président gabonais, Ali Bongo, a invité les Africains à devenir les acteurs et non pas de simples spectateurs du développement du continent. Cela passe par une industrialisation massive de l’Afrique, afin de transformer localement les matières premières dont elle dispose. Le président ivoirien Alassane Ouattara a d’ailleurs insisté, lors de ce forum, sur l’urgence qu’il y a à développer une industrie locale de transformation. Le secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique, Carlos Lopes, considère que l’industrialisation du continent est une nécessité absolue, parfaitement réalisable, si l’Afrique veut maîtriser, de façon durable, son développement économique et social. Après avoir bâti sa fortune dans les télécoms, le milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim se consacre aujourd’hui au grand réveil politique et économique du continent. Il considère que « l’Afrique pourrait devenir l’usine du monde ». L’Éthiopie est en train de devenir l’Eldorado des manufacturiers chinois ou turcs pour le textile et le cuir. La Chine étant devenue moins compétitive, Huajian, une entreprise chinoise, commence à délocaliser sa production de chaussures en Éthiopie en installant, dans la banlieue d’Addis-Abeba, une usine de 3 000 ouvriers.
Déjà, en 1976, dans un article publié par la revue Ethiopiques, l’ancien président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, avait établi une différence entre la croissance et le développement harmonieux et solidaire. Ces dix dernières années, malgré la crise mondiale, la croissance de l’Afrique s’est maintenue autour de 5 % par an, ce qui est considérable. La croissance est une chose, le développement harmonieux et solidaire qui profite au plus grand nombre en est une autre. Fer de lance de l’économie de l’Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire, qui connaît une croissance à deux chiffres, doit maintenant répondre aux préoccupations majeures des Ivoiriens, qui concernent l’emploi et le pouvoir d’achat. L’emploi passe par l’industrialisation de la Côte d’Ivoire, c’est-à-dire la création d’une industrie locale de transformation. Le bois et le cacao sont des filières dans lesquelles il est urgent, pour la Côte d’Ivoire, de créer cette industrie locale de transformation.
L’Afrique n’est plus, pour les multinationales, un continent synonyme de pauvreté. Le « boum » démographique annonce l’existence d’un marché considérable avec l’émergence d’une classemoyenne qui dispose d’un pouvoir d’achat suffisant. L’Oréal a l’ambition de devenir le « premier groupe de beauté » en Afrique avec un marché qui croit deux fois plus vite. Magatte Wade, une Sénégalaise de 38 ans, qui incarne la nouvelle génération des entrepreneurs africains, souhaite produire au Sénégal une marque de cosmétiques de luxe. Le « grand réveil » de l’Afrique passe par ces nouvelles générations d’entrepreneurs qui sont en train de changer aux yeux du monde et des Africains eux mêmes, l’image de l’Afrique. C’est à travers cette nouvelle génération d’entrepreneurs que l’économie africaine peut se diversifier et se moderniser.
Se diversifier : il est important que les pays africains, à côté des très grosses entreprises minières et pétrolières, étrangères et financièrement off-shore, diversifient leurs économies à travers un réseau de PME capables d’assurer une large part de la production industrielle, avec des objectifs de qualité et de compétitivité. Le moteur du développement se situe dans toutes ces jeunes entreprises privées qui viennent prendre le relais des anciennes grandes sociétés d’État qui sont nées au moment des indépendances et qui ont généré un modèle économique aujourd’hui à bout de souffle. Le Burkina Faso, à partir d’un guichet unique, « La Maison de l’Entreprise », voit se créer 600 entreprises par an. Dans toute l’Afrique, cette nouvelle génération d’entrepreneurs a besoin de routes, d’un systèmes d’éducation et de formation efficace, d’une ouverture des marchés et d’une bancarisation plus importante, un accès au crédit, un meilleur climat des affaires et la stabilité politique à travers la consolidation de l’État et de la démocratie…
Se moderniser : les secteurs du commerce et de l’agriculture, qui sont les deux autres composantes d’un développement équilibré, doivent aussi se moderniser. Alors que la faim dans le monde a reculé ces vingt dernières années, la malnutrition, qui est un problème structurel, augmente en Afrique. Or, l’Afrique dispose de vastes réserves de terres cultivables, à la fois pour assurer sa sécurité alimentaire et promouvoir une agriculture de pointe. Un pays comme le Gabon importe 90 % des produits agricoles et alimentaires dont il a besoin, la manne pétrolière l’ayant conduit à négliger la production agricole locale. Les pays africains n’ont pas su, jusqu’à ces dernières années, conduire une véritable politique agricole. Les politiques agricoles mises en place ont même plutôt tendance à pénaliser les producteurs en ne leur donnant pas de véritables incitations. Le « grand réveil » de l’Afrique doit aussi être un « réveil agricole ». Mais, comme pour tous les secteurs d’activité, il existe en Afrique de très grandes disparités entre les 54 pays, lorsqu’il est question de malnutrition ou de famine, d’autosuffisance alimentaire, la malnutrition et les famines sont en lien avec la pauvreté, les conflits, les contraintes environnementales (baisse des précipitations). Pour répondre aux besoins de l’Afrique, il faudra, d’ici 2050, multiplier par deux les surfaces cultivables et par trois les rendements agricoles, ce qui nécessite des investissements, un accès au crédit pour les producteurs, des progrès de productivité, des stratégies d’irrigation, des coopérations régionales. Les zones surpeuplées en voie de désertification, zones sahéliennes et corne de l’Afrique, supposent des actions d’urgence. L’agriculture africaine, qui a souffert du désengagement des États, des bailleurs de fonds et des donateurs, doit revenir au centre des préoccupations, car elle est l’un des leviers de l’émergence. Pour parodier Senghor, on peut dire que l’agriculture est en effet au commencement et à la fin du développement.
Un signe qui ne trompe pas : les investissements étrangers
Le temps de l’Afrique est arrivé, les investisseurs ne s’y trompent pas. En 2014, les investissements étrangers en Afrique vont, en e et, battre des records et devenir, avec 80 milliards de dollars, la première source d’apports financiers extérieurs . Il existe quatre sources de financement extérieurs : l’aide publique au développement, les investissements directs étrangers, les investissements de portefeuille, les transferts des migrants. La vitalité de la croissance africaine attire les Investissements directs étrangers (IDE) et les investissements de portefeuille tournés vers la rentabilité du capital. Entre 2000 et 2014, les investissements extérieurs à l’Afrique auront quadruplé pour dépasser les 200 milliards d’euros ainsi répartis : les IDE, 80 milliards; les transferts des migrants, 67 milliards; l’Aide publique au développement (APD), 55 milliards, dont 3,4 fournis par la France. Le secteur privé occupe désormais une place prépondérante dans le financement du développement africain. Les flux des IDE se concentrent sur un petit nombre de pays africains qui possèdent d’importantes ressources naturelles comme l’Afrique du Sud, le Ghana, le Mozambique, le Nigeria ou le Soudan. Les 27 pays africains à faible revenu sont toujours tributaires de l’aide publique au développement. Fait nouveau, les IDE en provenance des 34 pays membres de l’OCDE sont en recul, la source majeure d’investissements provenant des pays émergents, en particulier la Chine avec 27,7 milliards de dollars. Deux raisons expliquent cette hausse record des IDE : l’abondance des matières premières en Afrique et l’émergence d’une classe moyenne de près de 400 millions de consommateurs. Ce qui est remarquable aussi, c’est la hausse du nombre des investisseurs africains, montrant ainsi que les Africains sont désormais en situation de se réapproprier leur économie. L’objectif, désormais atteignable à travers les coopérations régionales, est de satisfaire les besoins des populations en termes d’emploi, de pouvoir d’achat, de santé et d’éducation. Une Afrique riche qui accepterait le maintien d’importantes poches de pauvreté se retrouverait sous la menace des instabilités chroniques et des guerres locales prédatrices.
Une Afrique nouvelle en train de s’écrire
Tout va se jouer, pour l’Afrique, dans les prochaines années avec ce grand basculement historique dont la formidable accélération est en train d’étonner le monde. À l’heure actuelle, les signes d’un élan décisif se multiplient, en particulier le « boum » démographique. Comment ignorer que, dans le dernier tiers du XXIe siècle, un habitant sur trois sera, sur notre planète, un Africain. L’Afrique compte aujourd’hui 1 milliard d’habitants, 2,5 milliards en 2050, 4,5 milliards à la fin du siècle, dont 750 millions de francophones. Un marché gigantesque s’offre aux entreprises. Une main d’œuvre abondante, d’ores et déjà disponible, est là avec la nécessité, pour l’Afrique, d’élever les niveaux de qualification, de développer des filières porteuses, de créer une industrie de transformation afin d’exporter des produits à forte valeur ajoutée. Au dynamisme des entrepreneurs doit s’ajouter, dès à présent, la qualité des politiques publiques. Aujourd’hui, la téléphonie mobile s’invente en Afrique. Les services bancaires sont appelés à se développer, le taux de bancarisation étant encore très faible. L’Ivoirien Gabriel Fall, président du Conseil d’administration de la bourse régionale des valeurs mobilières, affirme : « Aujourd’hui, l’Afrique a développé suffisamment de compétences pour pouvoir compter sur elle-même ». Les investisseurs locaux sont de plus en plus nombreux : selon le chiffre de 2012, vingt-trois bourses africaines affichent une capitalisation boursière de plus de 1 300 milliards de dollars.
La France est-elle capable de prendre la mesure de ce « grand réveil » de l’Afrique ? Qui sait, en France, que l’Éthiopie est un pays qui s’est réformé avec une économie qui se diversifie, un pays qui connaît une croissance à deux chiffres ? À l’image d’un pays pauvre, désertique, ravagé par les guerres et la famine, se substitue, peu à peu, l’image d’un pays dont l’économie est classée parmi les plus dynamiques du monde. Le pays vient d’obtenir un prêt de la Banque mondiale, afin de développer une industrie manufacturière avec, comme enjeu central, la création d’emplois. Qui sait que les chantiers navals de Cherbourg ont été sauvés par le Mozambique qui a passé une commande de 24 chalutiers et 6 patrouilleurs pour 200 millions d’euros ? Aujourd’hui, l’Afrique, qui est la deuxième zone la plus dynamique après l’Asie, ne représente que 11 % des ventes des entreprises françaises à l’international. Après avoir connu une situation de quasi monopole dans sa zone d’influence, la France, face à la concurrence mondiale, y perd des parts de marché. Entre 2000 et 2010, les parts de marché de la France sur le continent se sont effondrées, passant de 16 % à 9 %. Sur la même période, la Chine a vu ses parts de marché passer de 3,5 % à 12,5 %. Parce qu’elle perd des parts de marché dans sa zone d’influence, – le nombre des PME françaises présentes en Algérie a chuté de 40 % entre 2005 et 2011 -, la France se tourne vers de nouveaux marchés, espérant capter une part de la croissance des grands pays anglophones et lusophones que sont l’Afrique du Sud, l’Angola, le Nigeria, la Tanzanie ou le Kenya».
Progrès économiques et progrès en matière de gouvernance
Il est difficile de dissocier progrès économique et progrès en matière de gouvernance politique. L’application des principes de bonne gouvernance est une nécessité sur le chemin de l’émergence avec, comme objectif, l’ambition de servir le bien public. L’Union africaine cherche à imposer un fonctionnement institutionnel régulier. Les populations sont désormais connectées au reste du monde. Les jeunes générations ont soif de consommation et de démocratie. La maturité politique gagne du terrain. Afin de pallier l’étroitesse des marchés locaux, des coopérations régionales, comme en Afrique de l’Ouest, se mettent en place. Le réveil de l’Afrique est une réalité. Mais, si l’heure n’est plus à l’afro-pessimisme, il n’est pas nécessaire de tomber dans un afro-optimisme qui nierait la complexité de la réalité africaine. L’Afrique est, en ce début de XXIe siècle, mieux partie qu’elle ne l’était, dans les années 1960, au moment des indépendances politiques et de la Guerre froide. Les Africains eux-mêmes portent un regard différent sur leur continent. Ils savent que l’Afrique est en passe de devenir le moteur de la croissance mondiale, d’abord parce qu’elle possède des ressources naturelles, ensuite parce que ses propres besoin sont colossaux, enfin parce que les progrès accomplis en matière de gouvernance politique sont réels.
L’Afrique nouvelle aura à gérer, d’ici 2050, le doublement de sa population, mais aussi le triplement de sa population urbaine, les investissements productifs destinés à son industrialisation, la réalisation des infrastructures de base, le développement d’une agriculture beaucoup plus productive à des fins d’autosuffisance et de sécurité alimentaires, les défis de l’eau et de l’électricité, la lutte contre la vie chère. Pression démographique, croissance urbaine, industrialisation et augmentation des rendements de la terre de la productivité du travail, tout cela aggrave les menaces qui pèsent sur l’environnement. L’Afrique aura aussi à consolider l’État-nation, de manière à ce que l’intérêt général l’emporte sur les intérêts individuels, ethniques ou tribaux. Le « grand réveil » de l’Afrique doit aussi être un réveil institutionnel. S’ajoute aussi la nécessité de gérer l’arrivée en Afrique de nouveaux partenaires comme la Chine. Les générations nouvelles, acteurs publics et privés que l’Institut Choiseul mettra en évidence avec son classement « Choiseul 100 Africa », ont les compétences et la volonté d’écrire les pages d’une Afrique nouvelle, capable de relever les défis internes, l’intégration dans des pôles régionaux et la synchronisation avec la mondialisation.
Baboucar Badji de conclure: « qu’il revient à la jeunesse Africaine de mesurer les enjeux du moment et de prendre sa responsabilité face à l’avenir, OUI AVENIR que la jeunesse Africaine va fasconner (Élaborer un ouvrage par un travail sur la matière) avec ses propres mains sans rien attendre de qui que ce soit. Demain est à nous, cependant c’est aujourd’hui qu’il faut mettre toute l’organisation indispensable à la construction de l’Afrique Nouvelle, LIBRE ET INDÉPENDANTE. »